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Calculer une note de pige

Ce qu’un pigiste doit toucher se recompte, dans la plupart des rédactions, à la main et en fin de mois, à partir du tableur de suivi. C’est le moment où l’on découvre que le tableur et la réalité ont divergé.

Ce qui est dû, personne par personne, avec le barème de la maison.
Ce qui est dû, personne par personne, avec le barème de la maison.

Les trois unités de compte

Le feuillet — 1 500 signes espaces comprises — reste l’unité historique de la presse écrite. Elle a un défaut : elle récompense la longueur, pas le travail. Un portrait de deux feuillets peut demander trois jours d’entretiens, un compte rendu de quatre feuillets une après-midi.

L’article — un montant forfaitaire par texte — est plus simple à annoncer et à vérifier. C’est ce que retiennent la plupart des petites rédactions. Son défaut symétrique : il traite de la même façon la brève et l’enquête, sauf à poser plusieurs forfaits par genre.

Le signe est une variante fine du feuillet, utile quand les formats sont très inégaux. Elle demande de compter, donc que le texte soit dans un outil qui compte.

La question qui décide de tout : payé à quel moment ?

C’est la vraie difficulté, et elle n’est jamais dans le barème. Un texte peut être soumis, relu, refusé, validé, publié. À quel instant la dette naît-elle ?

Payer à la soumission revient à payer ce qui ne paraîtra peut-être jamais. Payer à la parution fait attendre le pigiste des mois si le numéro glisse — et n’a aucun sens pour un texte commandé puis abandonné pour raison de place.

La position tenable est la validation : le moment où quelqu’un de la rédaction a engagé sa responsabilité sur le texte. Le travail est accepté ; ce qu’il devient ensuite regarde la rédaction, pas l’auteur.

Poser un barème quand on part de rien

C’est la question que pose toute rédaction qui se structure, et la seule à laquelle personne ne répond publiquement : combien ?

Le repère de la presse nationale est le barème syndical du feuillet, négocié par branche et publié par les syndicats de journalistes. Il ne s’applique pas de plein droit à un bulletin associatif, mais il donne l’ordre de grandeur du métier — et un point de départ défendable devant un pigiste.

En pratique, une petite rédaction qui part de rien tient une ligne simple : un forfait par genre — brève, article, enquête, portrait — plutôt qu’un tarif au feuillet. Trois ou quatre montants suffisent. Ils s’annoncent avant la commande, ils se vérifient sans calcul, et ils ne récompensent pas la longueur.

Deux choses se posent en même temps que le montant, et coûtent cher si on les oublie : la cession de droits — pour quels supports, pour combien de temps, la reprise sur le site et les réseaux en fait partie — et le sort du texte commandé puis non publié, qui se règle d’avance et non après coup.

Enfin, le barème n’est pas un secret. Une grille écrite, la même pour tous, épargne à la rédaction la négociation au cas par cas — qui finit toujours par payer davantage ceux qui demandent le plus, pas ceux qui écrivent le mieux.

Deux règles qui évitent les litiges

Une ligne posée ne se pose pas deux fois. Si le calcul est rejoué — parce qu’un texte de plus a été validé — il ne doit rien recréer de ce qui existait. Sans cette garantie, personne n’ose relancer le calcul, et le compte dérive.

Un barème changé ne réécrit pas le passé. Si le forfait passe de 40 à 50 € en juin, les textes validés en mai restent à 40 €. C’est la seule façon de pouvoir revaloriser sans rouvrir six mois de comptes.

Ce que la note doit porter

Une note de pige lisible tient sur une page et porte : l’identité de l’auteur, la période, le détail ligne à ligne (quel texte, quelle publication, quelle unité, quel montant), le total dû, ce qui a déjà été réglé, et la date des règlements. Ce sont ces cinq éléments qui coupent court aux discussions.

Rappel de cadre : le statut de journaliste pigiste relève en France de la présomption de salariat, et la note de pige n’est pas une facture. Un pigiste qui facture en indépendant relève d’un autre régime — la distinction se règle avant le premier texte, pas à la fin du mois.

Ce qu’EDANEL en fait

Dans EDANEL, le barème est posé une fois par la maison, la rétribution naît à la validation, le rejeu ne double jamais une ligne, et la note de pige s’imprime telle quelle. Chacun voit la sienne ; la direction voit toutes les autres.

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